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Le Fleuve

La vie, l’existence, serait un large fleuve. Nous partons d’une rive, la naissance, et nous traversons ce fleuve pour arriver à l’autre rive, la mort.


Nous naissons, et nous sommes généralement accompagnés pour les premières brassées. Rapidement nous attrapons des branches qui flottent, et nous construisons de quoi nous mettre au sec pour cette traversée. Certains construisent leur barque, d’autres leur voilier, d’autres leur paquebot. Certaines traversées sont paisibles, d’autres plus mouvementées. Happés par le courant, les vagues, les intempéries, nous voguons inexorablement vers l’autre rive.


Au milieu du fleuve, des regroupements de bateaux, d’embarcations plus ou moins grandes, radeaux, bouées, mais aussi yachts et voiliers de luxes. Chacun aménage le sien pour la traversée, y va de sa soirée mondaine, ses dîners festifs. Bien habillés, nous allons tous en visite sur le bateau du voisin, pour sa fête, son événement social, et nous comparons, pavoisons, jugeons, aimons, baisons, rions, combattons... Chacun y va de son style, de ses atours, de sa grandeur ou sa décadence. Nous naviguons toujours en pleine horizontalité, mais nous avançons tous, inévitablement, vers l’autre rive. La vie sociale est ainsi faite, et nous évoluons sur le fleuve, au gré du courant, des lames de fond, des creux, du vent, et des bosses.


Il est une autre manière d’aborder cette traversée. C’est de nous déshabiller de nos atours, d’enfiler des palmes, des bouteilles, et de plonger sous la surface, dans les profondeurs du fleuve. D’en-dessous nous voyons à présent les coques de nos plaisanciers congénères, et entendons s'éloigner la musique et les lumières diffuses. Nous arpentons alors les profondeurs de cette rivière d’atomes qui soutient cette existence matérielle . Nous explorons alors la substance qui sert de support à cette traversée, et sous-tend la matérialité – verticalité.


Alors oui, il y a les événements mondains, le monde profane, les fades rencontres et les soirées festives sur le bateau du voisin ; mais il existe une profondeur sacrée, et nous pouvons y croiser plongeurs, scaphandriers, explorateurs de grands fonds et quelques mystérieux apnéistes. Qui, quand ils sorte de l'eau, observent la rive d'en face avec un sourire que plus rien n'efface.


- Stephan Schillinger© / extrait des livres "Par un Curieux Hasard" disponibles sur curieuxhasard.com/boutique



(Illustration : Maruimichi)

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