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Blog & Actualités
de Stephan Schillinger

Trois grandes nouvelles pour cette rentrée ! Deux nouveaux livre et une retraite hors du commun...

il y a 2 jours
7 min de lecture

En septembre, deux livres paraissent presque en même temps. Ils sont très différents dans leur forme, mais, en les regardant côte à côte, je m’aperçois qu’ils parlent finalement d’une question assez proche : que faisons-nous de ce qui nous lie aux autres lorsque ce lien devient à la fois ce qui nous porte et ce qui nous met en difficulté ?


Sous les Cendres du Couple

Ce livre commence quelques jours après une rupture. Je décide de partir un mois en Inde, avec une idée assez déraisonnable : marcher, aller à Varanasi, voir le Gange, les bûchers, puis continuer au hasard. J’avais besoin de confronter ce qui venait de s’effondrer à quelque chose de plus vaste que mon appartement, mes pensées et mes narrations compensatoires.

Le voyage commence d’ailleurs de façon beaucoup moins mystique que prévu, bloqué à l’aéroport de Francfort, sans visa, à regarder mon avion partir sans moi. Le livre commence réellement là, dans cet écart assez comique entre le grand voyage initiatique que j’avais imaginé et la réalité administrative d’un comptoir d’embarquement.

Puis il y a “Mother India”. Varanasi, Pondichéry, Tiruvannamalai, Goa, Mumbai, Dharamsala. Entre ces lieux, cette rupture dont “la vie” me tend sans cesse, sous des formes différentes, un éternel miroir initiatique.

C’est probablement le vrai sujet de Sous les Cendres du Couple.

La phrase qui ouvre réellement le projet est restée dans le livre :

« Je n’écris pas pour guérir de l’amour, ou d’une nouvelle rupture, mais pour empêcher que l’amour, en moi, ne meure avec cette histoire. »

Ce livre ne promet rien. Il parle d’attachement, d’idéalisation, de dissociation, de spiritualité, de répétition, de syndrome indien, et de ce besoin étrange que nous avons parfois de faire porter à une relation davantage qu’une relation humaine ne peut raisonnablement porter. De cet irrépressible élan, pour certains d’entre-nous, de faire du couple un “temple sacré”, au-delà de toute rationalité.


Le second livre est collectif, structuré, dense, et théorique par endroits. Il est né d’un méticuleux travail, d’innombrables discussions, de désaccords constructifs aussi.

La Révolution des Constellations Familiales

Je l’ai écrit avec Adeline Roussel-Laudière & Éric Laudière.

Notre point de départ est assez simple : lorsqu’une personne entre dans une constellation, elle n’arrive pas seulement avec son histoire. Elle arrive avec un corps, un système nerveux, des défenses apprises parfois très tôt, une certaine capacité à rester présente lorsque l’émotion monte — ou au contraire à se dissocier, à fuir, à se figer, se soumettre aux attente d’un groupe…

Une partie importante du livre consiste donc à regarder les constellations — cet ensemble diffus de pratique peu cadrées et sujettes à dérives — à la lumière de ce que nous savons aujourd’hui du trauma, de la neurobiologie affective, de la régulation du système nerveux et de la co-régulation. Nous nous intéressons à ce qui se passe dans le corps avant même que l’on construise une interprétation : les mouvements d’approche et de retrait, la pendulation entre sécurité et activation, la dissociation, la manière dont plusieurs systèmes nerveux s’influencent lorsqu’ils sont réunis dans une même pièce. Le corps n’est pas simplement le véhicule qui transporte une histoire familiale jusqu’à la constellation. Il participe à ce qui s’y joue.

Mais une autre question m’intéresse aussi aujourd’hui : pourquoi les constellations apparaissent-elles avec une telle force à notre époque ?

Je les vois de plus en plus comme le symptôme — au sens non pathologique du terme — d’une perte et d’un manque beaucoup plus vastes. Nous avons construit des sociétés extrêmement individualisées, dans lesquelles chacun est sommé de fabriquer sa propre identité, sa carrière, son couple, son équilibre psychique, parfois même sa spiritualité. Cette liberté a évidemment produit des conquêtes considérables. Mais elle a son revers qui est l’affaiblissement des appartenances stables, des rites de passage, des communautés et des lieux où la souffrance pouvait être portée collectivement. Et par-dessus tout un appauvrissement du sens et du lien.

C’est à cet endroit que les constellations prennent pour moi une signification quasi anthropologique. Pendant quelques heures, des inconnus se mettent en cercle. L’un raconte quelque chose qui lui appartient, d’autres acceptent d’en porter provisoirement une représentation, d’autres en sont les témoins. Cela ressemble étrangement à une fonction que les sociétés humaines ont toujours confiée au groupe : accompagner ensemble une naissance, une mort, une initiation, une maladie, une fracture dans la vie. Le livre rappelle combien les pratiques collectives de soin et les rites de passage ont traversé les cultures, tandis que notre époque tend à renvoyer une part croissante de ces expériences à l’individu seul.

Je parle parfois des constellations comme d’un retour moderne autour du feu archaïque. Des humains assis à nouveau en cercle pour regarder ensemble ce qui arrive à l’un des leurs. Nos ancêtres n’avaient pas le vocabulaire du système nerveux autonome, de la dissociation ou de la co-régulation. Ils savaient néanmoins quelque chose que notre culture du « débrouille-toi tout seul » a enfoui. Nous avons besoin de témoins, de lien, de sens, de retour au corps. Le livre parle explicitement de cette fonction du cercle et de la communauté réunie autour d’une intention de prendre soin.

Cette hypothèse explique aussi pourquoi nous consacrons plusieurs chapitres à l’intelligence du groupe. Une constellation n’est pas, à mes yeux, une personne travaillant sur son problème pendant que vingt autres individus attendent leur tour. Le groupe EST le phénomène. Être vu, en sécurité, dans un moment de vulnérabilité, voir son histoire représentée par d’autres, constater que certains affects sont immédiatement reconnaissables par des inconnus, produit une expérience différente de celle de nos habituels face-à-face dérégulés,,en insécurité.

Le livre remonte également aux origines des constellations, et c’est important parce que leur généalogie est beaucoup moins simple que ce que laisse parfois entendre le récit traditionnel. Nous parlons bien sûr de Bert Hellinger, de son apport, mais aussi de ce qui pose problème dans son modèle. Nous allons chercher du côté de Jacob Levy Moreno et Virginia Satir pour la dimension humaniste et groupale, puis chez Alejandro Jodorowsky pour la place donnée au geste symbolique, au rituel et à l’imaginaire. Il s’agit moins de désigner un père fondateur que de comprendre les courants qui se sont rencontrés pour produire cette étrange pratique contemporaine.

Une autre partie du livre porte sur une question avec laquelle je suis devenu plus prudent au fil des années : qu’appelons-nous exactement « guérir » ? Nous distinguons le soin médical, la psychothérapie, la réparation symbolique, les expériences transpersonnelles. Une constellation n’établit pas de diagnostic et ne constitue pas un traitement médical ou psychiatrique. Ce qui s’y produit appartient d’abord au registre de l’expérience et de la représentation, souvent symbolique. Une scène apparue durant une constellation n’est pas une archive secrète permettant de découvrir ce qui s’est « réellement passé » trois générations auparavant. Nous y insistons notamment sur le danger et les conséquences des discours péremptoires, des approches dominantes, et des interprétations prise pour des faits.

C’est ici que la question éthique cesse d’être une annexe ennuyeuse pour devenir, à mes yeux, le centre de la pratique.

Qui détient le savoir pendant une constellation ? Que fait un facilitateur lorsqu’il croit avoir compris quelque chose avant la personne qu’il accompagne ? À quel moment une intuition devient-elle une suggestion, ou une vérité imposée ? Que signifie réellement le consentement lorsqu’une personne est très émue, entourée d’un groupe et face à quelqu’un auquel elle attribue une autorité ?

Nous défendons une posture dans laquelle le facilitateur accepte de ne pas savoir à la place de l’autre. Le droit de dire non, d’arrêter, de ne pas suivre une proposition n’est pas une politesse ajoutée au protocole, mais une condition de travail. Le livre aborde donc les contre-indications, les risques d’emprise, le consentement éclairé, la sécurité émotionnelle et la nécessité de considérer toute interprétation comme hypothétique plutôt que comme une révélation sur l’histoire de quelqu’un.

Nous allons même jusqu’à poser une question qui aurait pu me sembler un peu suspecte il y a quelques années : la constellation est-elle un rituel moderne ?

Rien de religieux, ni une cérémonie prétendant accéder à une réalité invisible dont nous posséderions les clés. Mais un dispositif dans lequel le temps ordinaire est momentanément suspendu, où les gestes et les symboles acquièrent un poids inhabituel et où une expérience individuelle devient visible pour une communauté. Où nous reconnaissons les dimensions symboliques, projectives, et poétiques comme constitutives et fondatrices de notre nature. Les humains ont élaboré ce type de dispositifs depuis très longtemps, notamment pour accompagner les passages de l’existence que le langage ordinaire peine à contenir ou circonscrire.

C’est probablement pour cela que le sommaire du livre est aussi large. On y croise les neurosciences et le chamanisme, la psychotraumatologie et le geste artistique, la théorie polyvagale et la question incontournable du sacré, le consentement, les dérives, la dissociation, le rôle des témoins, l’après-constellation et sa possible articulation avec une psychothérapie.

Comment conserver ce que les constellations ont d’étrange, de symbolique, de poétique et parfois d’inexplicable, tout en leur imposant davantage de rigueur, de prudence et d’humilité ? Le dernier tiers du livre est largement consacré à cette tension, jusqu’à la question du dialogue nécessaire entre rationnel et irrationnel.

C’est, au fond, ce que nous avons appelé les neuro-constellations®.

Ces deux livres arrivent donc au même moment.

Je n’avais pas particulièrement prévu qu’ils se répondent.

L’un regarde ce qui se passe quand un lien amoureux se défait. L’autre regarde ce qui peut se passer lorsqu’un groupe humain se rassemble autour du sujet du lien et du sens, de leurs représentations, de ce qui circule entre nous et de ce que nous en faisons.


Immédiatement après leur sortie, il y aura une occasion de quitter les livres pour retourner à l’expérience elle-même.

Retraite du 9 au 11 octobre : Le Mouvement du Vivant, dans les Vosges

Du 9 au 11 octobre 2026, je proposerai un week-end de constellations à Bussang, au TAO Seminarzentrum, avec le précieux soutien de Léo Szivo et Marine Durand.

Nous passerons du vendredi après-midi au dimanche autour des neuro-constellations®, avec aussi des temps de repas ayurvédiques, du yoga le matin, des explorations somatiques et simplement du temps ensemble. Aucune activité n’est obligatoire.

Les informations et inscriptions sont ici :

Je trouve assez juste, finalement, que ces trois choses arrivent presque ensemble.

Puis quelques dizaines de personnes réunies dans les Vosges pour voir ce qu’il se passe lorsqu’on tente de sortir de nos empilements narratifs, pour tourner notre conscience vers le corps et ce qui s’y… joue.

Stephan Schillinger


 
 
 

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